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08 février 2014

Jarre: "Hadopi: s'en prendre aux pirates était une erreur" (2014)

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L’artiste français Jean-Michel Jarre, qui avait déjà pris ses distances vis-à-vis du dispositif Hadopi, vient de lancer une nouvelle pique contre la loi instaurée sous l’impulsion du président Sarkozy. L’intéressé vient en effet de déclarer que l’industrie musicale avait fait une erreur en s’en prenant aux internautes, et qu’elle devait désormais regarder davantage vers les géants du Net.

Jean-Michel Jarre n’est pas qu’un célèbre artiste français. En effet, l’intéressé manœuvre depuis l’année dernière en faveur de la protection du droit d’auteur pour le compte des ayants droit de la CISAC, la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs. Et c’est d’ailleurs en tant que président de cette organisation internationale réunissant plus de 200 sociétés d'auteurs telles que la SACEM, la SACD ou la SCAM que le musicien s’est exprimé hier au Midem de Cannes.

Dans le cadre d’une intervention portant sur le partage de la valeur (vidéo ci-dessus, en anglais), Jean-Michel Jarre s’est arrêté à un moment donné sur la stratégie adoptée par l’industrie musicale suite à la crise du disque et les problèmes liés au téléchargement illégal. « Nous, l’industrie musicale, avons fait une grosse erreur en nous attaquant aux consommateurs. N’oubliez pas que nous avons inventé les radios pirates ! Et 30 ans plus tard, nous voulons mettre les pirates en prison... » a-t-il déclaré.

Rapidement, le Français en est venu à évoquer notre dispositif de riposte graduée national, actuellement confié à la Hadopi. « Je respecte le fait que la France a été le premier pays à dire qu’il n’était pas bon de pirater de la musique et des films. Mais même si les intentions étaient bonnes, les résultats furent mauvais ! Parce qu’on s’en est pris aux mauvaises personnes : les consommateurs ». Lire la suite sur PC Inpact

Interview sur les synthés d'Oxygène 7-13 (Keyboards, 1997)


Interview réalisee par Alain Mangenot autour de l'album Oxygène 7-13.

L’odyssée de l’espace de Jean-Michel Jarre (Le Soir, 3/12/2010)

coupure presse,2010Jean-Michel Jarre s’est produit de la Concorde à la Cité interdite. Pionnier de la musique électronique, le Français a attendu d’avoir 62 ans pour entamer sa première tournée mondiale. Le «Jean-Michel Jarre 2010» se pose à Anvers ce vendredi 3 décembre. Il a vendu plus de 80 millions d’albums et s’est surtout fait connaître à travers ses mégaconcerts aux quatre coins du globe.
Considéré par la scène électronique française (Laurent Garnier et Daft Punk en tête) comme leur « Parrain », l’homme d’Oxygène et d’Equinoxe se lance dans sa première tournée mondiale. Et si celle-ci s’intitule Jean-Michel Jarre 2010, c’est évidemment pour rendre hommage à l’écrivain Arthur C. Clarke qui déclarait « avoir écouté les albums de Jean-Michel Jarre inlassablement jusqu’à les savoir par cœur et j’ai écrit la quasi-totalité de mon 2001 : Odyssey Two sur sa musique ». Rencontre avec un vrai passionné.

Votre parcours est à ce point atypique que vous entamez votre première tournée mondiale après quarante ans de carrière. Pourquoi aujourd’hui ?
C’est un rêve que je caressais depuis longtemps. L’idée est de prendre la magie des concerts en extérieur et l’apporter dans des espaces plus contrôlables. Je voulais montrer qu’il est possible de faire de la musique électronique en live et en direct avec des instruments. J’avais envie de partager tout cela dans une proximité différente. Et de reprendre les morceaux de mon répertoire revisités pour la circonstance.

Quelle est votre configuration scénique ?
Nous sommes quatre sur scène. Un peu dans l’esprit d’un groupe de rock. Nous avons 70 instruments assez spectaculaires sur scène dont beaucoup font partie de la mythologie de la musique électronique. J’attache également beaucoup d’importance à l’aspect visuel du concert. À l’heure où la musique est devenue nomade, le prolongement visuel fait partie de la performance musicale. Si on aime la musique, c’est parce c’est le médium le plus interactif. C’est celui sur lequel les gens peuvent le plus travailler et créer.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la vie de tournée ?
J’ai demandé de voyager au maximum par la route. À l’époque d’Internet et de l’avion, on a une relation de plus en plus virtuelle avec la géographie. On arrive dans un pays sans le ressentir. Quand on traverse le pays, on finit toujours par s’arrêter et le renifler. Du coup, ce qu’on va donner sur scène sera différent.

On sait combien vous êtes un perfectionniste, voire un monomaniaque du son. Quand vous arrivez dans une salle que vous ne connaissez pas, vous la reniflez comme un pays que vous traversez ?
Je vais m’asseoir dans tous les endroits. Les ingénieurs du son me maudissent au premier degré mais ils respectent parce qu’ils sont tirés vers le haut. Mais au bout du compte, c’est quoi un spectacle ? C’est quand même proposer quelque chose qui soit parfait.

Finalement, c’est à se demander si tous ces concerts gargantuesques au fil des ans n’ont pas développé cette acuité qui vous permet aujourd’hui de partir en tournée ?
Disons que tous ces concerts auxquels vous faites allusion étaient des travaux pratiques, c’est vrai.

Laurent Garnier, pour qui, vous le savez mieux que nous, vous comptez beaucoup, nous disait que s’il a commencé à se produire sur scène avec de vrais musiciens, c’est pour offrir quelque chose de plus organique, de beaucoup plus chaud…
Et il a raison. Ce qui est drôle avec quelqu’un comme Laurent, c’est qu’il fait partie de cette génération de gens qui ont abordé la musique à travers le deejaying. Etre dee-jay, c’est une activité à part entière. Rares sont ceux qui combinent l’excellence en tant que DJ, producteur et compositeur. Je pense que Chemical Brothers réunit les trois et Daft Punk aussi.

En tant que pionnier de la musique électronique, pouvez-vous nous dire d’où vient cette mélancolie qui s’échappe des nappes de claviers si caractéristiques du son de cette musique ?
Ce contraste entre l’énergie et la dynamique est cette mélancolie masquée. Quand je réfléchis bien, c’est ce qui me plaît le plus dans l’art en général et, personnellement, c’est ce qui me fait vibrer. Je pense que le côté sombre n’est jamais aussi efficace qu’à partir du moment où il est mis en perspective avec la lumière et la gaieté. C’est pour ça que quelqu’un comme Federico Fellini est extraordinaire. Pour cette contradiction entre la mélodie et la mélancolie souterraine.

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07 février 2014

Docklands de Londres, 1988 (Claviers magazine, 1/1/1990)

SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 1988 : LONDRES, DOCKLANDS Dans la banlieue de Londres, un espace anachronique, vestige de toutes les révolutions industrielles, no man’s land promis à un réaménagement de fond en comble. Architecture de quais et de silos, d’entrepôts et de grues mortes : Docklands est un paysage de briques, de béton, d’eau et de métal. C’était un pari fou que de traverser le Channel, de braver les éléments naturels et les difficultés administratives, d’affronter les hésitations et les revirements des autorités, qui conduisent à une première annulation du projet. Seul un visionnaire pouvait envisager de transformer cette aire gigantesque et sinistre en un décor relevant d’une archéologie du futur , sorti tout droit de l’univers suintant, rouillé et brumeux de « Blade Runner ».

Pour l’architecture de scène, les entreprises britanniques déclarent forfait, ce sont des Français qui viennent construire l’échafaudage flottant sur douze barges assemblées, dispositif complexe à plusieurs niveaux, sur lequel prendront place deux cents personnes, musiciens, choeurs et techniciens. Vent et pluie, le public qui fait la queue depuis le matin commence à entrer vers 15 h. II y a trente mille places assises, soixante-dix mille debout. Pour tous, le froid, le vent, la boue. Les régies techniques abritent un imposant dispositif, huit Studer 24-pistes, une console SSL. Les enceintes de sonorisation Meyer Sound sont montées sur des grues, tous les cent vingt mètres. Luttant contre le vent, les artificiers de l’équipe de Daniel Azancot remettent en place des fusées qui piquent du nez. 20 h. Fin du compte a rebours. Ovation gigantesque. La trame du concert est constituée par l’album «Révolutions» : sur fond de cadences infernales, de hauts fourneaux rougeoyants et de bielles métalliques, les robots dansent avec les enfants. Musique tranchante comme l’acier, traversée par les souffles de la bête humaine… Jean-Michel Jarre fait la révolution sur les docks: les derviches tournent autour des enclumes synthétiques, les lampions remplacent les néons, l’appel du muezzin étouffe les sirènes, les kids de London rencontrent les gosses de Tokyo et dansent avec la guitare de Hank Marvin, tandis que les jeunes filles de Mali font la ronde autour des computers.

Haute tension et rumeur de la foule, bourrasques force 8, les docks tanguent. Dynamique irrésistible de la musique qui traverse le temps qu’il fait, enchaînement implacable des rythmes et des sons, des atmosphères et des mélodies. La folie des éléments féconde la féerie des sons et des lumières. Les grandes eaux d’un Versailles imaginaire sous le déluge volcanique d’une scène flottante, réplique métallique de l’ Ile mystérieuse de Jules Verne. Les synthés disjonctent, les doigts glissent sur les claviers, des projecteurs de cent kilos se décrochent et tombent sur les instruments, un musicien dérape et s’étend de tout son long sur scène, l’oeil des caméras s’embue de compassion tandis que Ladi Di essuie une larme d’émotion… Jarre brandit le clavier insecte dont les antennes lui permettent de passer les vitesses : le time code clignote, le MIDI palpite. Workstation surréaliste, coeur nerveux du vaisseau spatial et amphibie, le « buffet-cuisine » de Jean-Michel : moniteurs vidéo et écrans d’ordinateurs, un réveil-matin et une machine à écrire Underwood, un Fairlight et deux EMS, claviers divers et racks d’expandeurs, pâte à papier, tuyaux rouillés, altuglass et carcasses métalliques. Entre le laboratoire high tech et la brocante des Puces, les instruments conçus par LAG expérimentent de nouvelles formes de visualisation de la musique électronique, inventent une gestualité, une ergonomie, un confort de jeu spécifiques à la lutherie électronique. Aboutissement d’un concept, tour de force technique et humain, synergie des volontés, Docklands, par sa démesure comme par l’enfer technique qu’il représente, reste une expérience ultime, dure, traumatisante.

06 février 2014

Concert de Lyon, 1986 (Claviers magazine, 1/1/1990)

DIMANCHE 5 OCTOBRE 1986 : LYON Trois mille cinq cents projecteurs, douze projecteurs d’images géantes (6 000 W de puissance), vingt-deux projecteurs de poursuite, huit skytrackers, six projecteurs DCA géants, trois rayons laser, quarante mille bombes et des poussières, cent talkies-walkies, deux cent cinquante mètres cubes de sono (quarante tonnes). Lorsque le concert commence, on oublie la fiche technique. Fourvière se prend pour Cinecitta, et le pape écoute un instant, rêveur, les voix de «Zoolook». Les lumières créent une architecture immatérielle, soulignent des embrasures de fenêtres, les balcons, la pente d’un toit, rétagement des maisons, les pavés d’une ruelle. Peintures éphémères et poétiques qui alternent avec les projections d’images, véritables flashes de la mémoire collective. Pour le public, le spectacle s’étend sur plus de deux kilomètres de longueur et six cents mètres de hauteur. La scène proprement dite, inondée de lumières et fumigènes, est le centre d’un ballet de faisceaux qui partent trouer le ciel.
Deux chorales et les musiciens de l’Opéra de Lyon entourent les synthésistes, le percussionniste et Jean-Michel Jarre, place devant un imposant clavier semi-circulaire qui lui permet de commander certains effets de lumière et de pyrotechnie. Comme à Houston, tous les musiciens sont guides par des ordinateurs IBM XT, véritable régie informatique qui fait défiler le compte à rebours du concert et déclenche le moment précis des interventions de chacun, parfaitement synchronisées avec les effets de lumières. Ovation de la foule, éruption volcanique de la colline qui ruisselle de fumigènes, rythme infernal des artifices, dont les détonations couvrent parfois la sono et font vibrer les vitres et les murs. Lyon devient Verdun-sur-Saône le temps d’une soirée et le car de Channel 80, a la fin du concert, est secoue par le bouquet final… De «Zoolook» à «Rendez-Vous», des «Chants magnétiques» à «Equinoxe», la musique se fond en une osmose parfaite avec le spectacle visuel. On oublie les aléas du concert, le son qui rebondit parfois sur les quais, le niveau affaibli par la déconnection accidentelle d’une partie de la sono…

C’est la fête totale, sans lendemain, la fièvre d’un dimanche soir qui transfigure le quotidien, le bonheur d’un élan collectif où l’on acclame d’une seule voix le pape et le magicien. Le concert de Lyon, comme la Chine et Houston, est un mélange de professionnalisme extrême et d’improvisation débrouillarde. Le bricoleur rencontre l’ingénieur, les services techniques de la municipalité déploient les grands moyens, tandis que la force économique d’une région entière se mobilise pour sponsoriser un concert gratuit, défiant les critères habituels de la rentabilité et du show-business. Un « civic event » à la française…

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